Ne remettons pas trop longtemps les projets qui nous tiennent à cœur !
8 juin 2026Il y a des événements qui nous rappellent brutalement une réalité que l’on connaît déjà, sans toujours vouloir la regarder en face.
La perte subite d’un ami entrepreneur, il y a peu, m’a ramené à cette évidence simple : certains projets ne doivent pas rester trop longtemps dans un tiroir.
Pas parce qu’il faudrait vivre dans l’urgence permanente. Pas parce qu’il faudrait tout faire, tout de suite, sans réfléchir. Simplement parce que les projets qui nous tiennent à cœur ont une fonction précieuse : ils nous gardent en mouvement.
Dans nos vies professionnelles, nous avons tous des idées que nous remettons à plus tard.
Nous avons toujours de bonnes raisons d’attendre, et parfois, attendre est nécessaire. Un projet a besoin de temps.
Parce qu’un projet qui nous tient à cœur n’est pas seulement une ligne dans une to-do list. C’est une énergie. C’est une façon de dire : “j’ai encore envie de construire quelque chose”. Et cette envie-là est précieuse.
Quand on porte un projet, même modeste, on active quelque chose en nous, nos méninges se remettent au travail, pas uniquement pour produire, pour chercher du sens.
C’est peut-être cela que j’aime le plus dans les projets : ils nous obligent à rester vivants intellectuellement.
Ils nous sortent du pilotage automatique. Ils nous demandent de clarifier ce que nous voulons vraiment faire, avec qui, pour qui, et pourquoi. Ils nous reconnectent à notre curiosité. Ils nous obligent parfois à apprendre, à demander de l’aide, à accepter de ne pas maîtriser tout de suite.
Et dans un monde professionnel où nous passons beaucoup de temps à gérer, un projet qui nous tient à cœur nous redonne une forme de direction.
Pour nous, commerciaux, dirigeants, entrepreneurs, c’est encore plus vrai. Notre métier est tourné vers l’action, la relation, l’opportunité. Nous savons accompagner les projets des autres. Nous savons écouter, comprendre, conseiller et pourtant, nous repoussons parfois les nôtres avec une facilité étonnante.
Peut-être parce qu’un projet personnel nous expose davantage, il y a plus d’affect, encore plus d’engagement et d’implication. On est peut-être davantage sur la retenus. Je ne crois pas, non plus, qu’il faille tout transformer en plan d’action immédiat. Certains projets méritent de mûrir. Ce que je crois en revanche, c’est qu’un projet important a besoin d’un premier pas concret. Une date dans l’agenda, une page écrite, une personne rencontrée.
Quelque chose qui le fait passer du mode « intentions » au mode « actions ».
Ce premier pas ne garantit rien. Il ne transforme pas une idée en réussite. Il change simplement une chose essentielle : il nous remet en mouvement.
Et ce mouvement fait du bien, parce qu’il ouvre une perspective. Il fait du bien à l’énergie, parce qu’il donne une raison d’avancer. Il fait du bien à la créativité, parce qu’il oblige le cerveau à chercher des solutions. Il fait du bien à la confiance, parce qu’il rappelle que nous sommes encore capables de commencer.
Pour autant, il y a un équilibre que cet événement m’a aussi rappelé.
J’aime travailler. J’aime avoir des idées, accompagner des clients, construire des projets, sentir qu’une discussion peut déboucher sur quelque chose d’utile. Quand on est entrepreneur, commercial ou dirigeant, le travail peut facilement prendre beaucoup de place, parce qu’il nourrit l’énergie autant qu’il la consomme.
Et puis il y a le reste.
Un dîner qu’on repousse. Un week-end qu’on décale. Une balade qu’on fera plus tard. Une personne qu’on appellera demain. Un moment simple qu’on pense pouvoir récupérer.
Le piège est peut-être là. À force d’aimer nos métiers, on peut oublier que le travail reste un moyen. Un moyen de vivre, de contribuer, de transmettre, de financer une vie pleine. Pas la finalité de tout.
Certains projets que nous remettons à plus tard ne sont pas professionnels. Ils ne rempliront pas un carnet de commandes. Ils ne feront pas avancer un chiffre d’affaires. Ils ne deviendront peut-être jamais une ligne dans un bilan.
Et pourtant, ils comptent.
Prendre du temps avec ceux qu’on aime. Partir quelques jours. S’occuper de soi. Reprendre une activité laissée de côté. Être davantage présent. Dire les choses tant qu’il est temps.
Ces projets-là sont parfois plus discrets. Ils n’ont pas toujours de nom. Ils ne s’écrivent pas dans un business plan. Ils ne demandent pas forcément de stratégie. Juste une décision.
La disparition d’un ami entrepreneur ne doit pas devenir une formule facile sur “la vie est courte”. Ce serait trop simple, et peut-être un peu injuste.
Je préfère en garder une invitation plus sobre : ne pas laisser trop longtemps de côté ce qui nous appelle vraiment.
Un projet qui nous tient à cœur n’a pas besoin d’être spectaculaire pour mériter notre attention. Il peut être petit, discret, imparfait. Il peut concerner notre métier, notre famille, une association, une transmission, une envie de changement, une contribution à quelque chose de plus grand que nous.
Ce qui compte, c’est qu’il nous mette en cohérence avec ce que nous avons envie de porter.
Alors peut-être que la vraie question n’est pas : “ai-je le temps ?”
La vraie question serait plutôt : “qu’est-ce que ce projet dit de ce qui compte pour moi aujourd’hui ?”
Et si la réponse est claire, il mérite sans doute un premier pas.
Parce que nos projets ne sont pas seulement des objectifs à atteindre. Ils sont aussi une manière d’habiter notre vie avec plus d’élan, de sens et de présence.
Et vous, quel projet qui vous tient à cœur mérite aujourd’hui un premier pas ?